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lundi 4 août 2014

Sur quelques nouvelles de Julie Conseil (Challenge "SFFF au féminin")

Ce billet est une première contribution au challenge "SFFF au féminin" lancé par Tigger Lilly en mars dernier.


L'auteure dont je souhaite vous parler n'a pas encore publié de recueil de nouvelles, ni de novella ou de roman. Je n'ai pour le moment lu que trois nouvelles d'elle, mais je suis déjà fan.

Julie Conseil, c'est qui ?


Dans les petites biographies offertes par les anthologies et les revues, on apprend ceci : Julie Conseil est ingénieure et exerce le métier de consultante en finance.
Pour une liste (incomplète) de ses publications :  http://www.noosfere.org/icarus/livres/auteur.asp?numauteur=2147190519

À mon grand regret, je n'en sais pas plus... elle n'a apparemment ni blog, ni site ; et n'étant pas moi-même présente sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, et Cie), j'ignore si elle y a ouvert une page.
Voilà... si quelqu'un·e en sait davantage, je suis preneuse...

Les nouvelles


Du moins, celles que j'ai lu et dont je suis en mesure de vous parler.
*Attention, ces chroniques contiennent des spoilers.*

  • « Les Racines chantantes d'Icarie », AOC, n°26, novembre 2012, pp. 29-41.

2e prix du concours Visions du Futur 2012 organisé par le Club Présences d'Esprits.

Ma première rencontre avec l'auteure. Un petit coup de foudre.
J'ai acheté ce numéro d'AOC au festival Zone Franche (2014), à l'origine parce qu'il s'y trouve deux autres nouvelles qui m'intéressaient : « Furie Furry » de dvb (1er prix) et « De spiritiS » de Tesha Garisaki (3e prix).

Le genre : SF
L'histoire : Grâce à l'exploration galactique, les sourds ont peut-être trouvé leur Eldorado : la planète Icarie, qui produit un bruit de fond si puissant qu'il rend fous les entendants. Pour Sullivan en tous cas, après l'accident qui lui a coûté son ouïe, c'est une chance de reprendre du service... (résumé de l'auteure).

Avis perso : Des histoires qui mettent au premier plan des personnages "handicapés", ce n'est pas courant. Des intrigues qui ne prennent pas le handicap comme faire-valoir d'un autre personnage non-handicapé ou qui n'en font pas un obstacle à surmonter ou encore l'occasion de découvrir/acquérir une autre capacité (naturelle, surnaturelle ou paranormale), c'est encore plus rare.
Dès le départ, le héros, Sullivan, est dans une position délicate. Devenu sourd, il ne fait plus partie de la majorité et de la norme, celles des entendants, sans pour autant être pleinement accepté par les non-entendants car sa surdité n'est pas de naissance. Les premiers tentent d'exploiter la surdité de Sullivan en l'envoyant sur Icarie infiltrer le groupe d'exploration (composé d'hommes uniquement) et les seconds lui réservent un accueil glacial, lucides sur le rôle que doit jouer Sullivan. Au final, l'unique allié du héros se trouve être l'un des scientifiques, cyborg plus machine qu'homme.
Entendants et sourds se positionnent clairement comme Autres respectifs. Jusqu'à ce que des Autres locaux se manifestent sur Icarie, de manière plus qu'inquiétante... Pris entre les deux camps, attiré par le troisième, Sullivan ne sait plus où donner de la tête...
Il y a quelque chose du film d'épouvante et du conte horrifique dans la façon dont Julie Conseil fait deviner la présences des Icariens, par petits détails et traces inquiétantes, dont elle fait perdre progressivement tous ses repères à son personnage principal, jusqu'au jeu de massacre final.
Le vrai sujet de la nouvelle n'est pas tant l'ouïe comme l'un des cinq sens, que l'oreille interne, organe de l'équilibre. L'expression "déséquilibre".

Où la trouver ? : sur la boutique du Club Présences d'Esprits

  • « Les lavandières de la nuit », Malpertuis V, éd. Malpertuis, coll. "Brouillards", 2014, pp. 135-147.

Le genre : Fantastique
L'histoire : Un homme, accompagné de son épouse et de sa fille, retourne dans son village natal afin d'assister à l'enterrement de son parrain. Il y retrouve sa sœur aînée, célibataire et sans enfants, qui habite dans la demeure familiale. La lecture du testament de son parrain lui réserve une surprise de taille : son parrain lui lègue tout et s'avère être son père biologique. Hanté par des cauchemars aux répercussions bien réelles, le narrateur va de révélations en révélations, jusqu'au lever de voile final.

Avis perso : La nouvelle mêle drame psychologique et épouvante sur fonds de secrets familiaux glauques. Peu de mystère(s) ici, on comprend assez rapidement de quoi il retourne. Ce qui est intéressant, c'est l'aveuglement crasse et obstiné du narrateur, égocentrique et phallocrate. À l'image de ce parrain qu'il idolâtrait, le narrateur néglige et même nie les sentiments, propos et souvenirs des protagonistes féminins. Cependant, contrairement à cet homme, le "héros" n'a rien d'un prédateur sexuel. Il est plutôt passif, se laissant dominer autant par les évènements que par ses cauchemars.
Quant aux femmes, elles n'ont pas vraiment le beau rôle. L'épouse du narrateur est mal à l'aise mais l'exprime sur le mode de la contradiction et de la dispute, ce qui ne manque pas de braquer le narrateur et de le rendre entêté. La sœur est une boule de haine et de rancœur, victime et bourreau à la fois.
Les lavandières de la nuit sont une légende inconnue du narrateur, et je ne la connaissais pas non plus. Rétrospectivement, je ne crois pas que ça ait nuit à ma lecture, mais peut-être l'aurais-je davantage appréciée.
La chute de la nouvelle est à la hauteur de son sujet : horrible, triste et cruelle.

Où la trouver ? : sur le site des éditions Malpertuis.

  • « Chaney ou Le Festin de barbe à papa », Zombies et autres infectés, éd. Griffe d'Encre, 2014, pp. 89-107.

Le genre : Fantastique
L'histoire : Chaney est aujourd'hui un forain comblé et fier de son train fantôme. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Il y a très longtemps, Chaney fut un mari et un beau-fils obéissant, et il y a encore plus longtemps, un petit garçon battu par son beau-père alcoolique. Un petit garçon avec de drôles d'amis : une troupe de théâtre composée de zombies comédiens et cabotins.

Avis perso : Une nouvelle très touchante, avec un héros qui ne cherche pas à (se) prouver quoi que ce soit, qui ne court après rien en particulier. Même son enfance sordide est banale, décrite comme une un mauvais moment, un passé qui a à la fois l'éclat du cauchemar et le flou du souvenir lointain. Son mariage est fade, il n'y manifeste aucune réelle volonté, aucune émotion vive si ce n'est l'ennui. Ces deux étapes sont des échecs familiaux, ponctués de sauvetage par ceux et celles qui deviendront sa vraie famille : la troupe de théâtre zombie, à la recherche pour sa part d'une maison.
« Chaney », c'est l'histoire de personnages qui se trouvent et qui s'aident mutuellement à être plus heureux, plus vivants.
Contrairement aux deux autres nouvelles dont je viens de vous parler, celle-ci est résolument optimiste et joyeuse à sa manière, touchante aussi. Une de mes préférées de cette anthologie Zombies.

Où la trouver ? : aux éditions Griffe d'Encre.


Et pour la suite ?


Deux nouvelles (au moins) de Julie Conseil sont à paraître.
  • « Famille Waldeck, cité Tomate », AOC n°34, novembre 2014.
3e prix Visions du Futur 2014, organisé par le Club Présences d'Esprits.

  • « Joe Lahar et les mangeurs d'archées », Volcans, Association Gandahar, version papier et numérique (chez l'Ivre-Book).

Pas de résumés encore, mais j'ai vraiment, vraiment hâte de les lire ! (Je vous ai dit que j'étais fan ? ^^ )

Si vous en avez lu d'autres de ses nouvelles ou si vous avez un avis sur celles qui sont détaillées ici, racontez tout ça dans les commentaires ! \o/

lundi 14 juillet 2014

The Book Blogger Test

Je me suis aperçue avec une semaine de retard que Lullaby m'avait tagguée pour répondre au Book Blogger Test. Elle-même ayant été tagguée par Cindy Van Wilder.

So...

1) Le top 3 des choses qui t’exaspèrent concernant les livres ?
  • Les coquilles et les fautes. Ça me fait sortir violemment de ma lecture, ce qui est extrêmement désagréable. Et au prix des livres papier...
  • Les quatrièmes de couverture qui spoilent la moitié du livre et plus... je repose alors l'ouvrage en rayon, complètement dégoûtée. Le spoil, c'est le mal.
  • Les fétichistes du papier. Le livre a de multiples formes, inutile de fustiger l'une ou l'autre.

2) Décris l’endroit parfait pour lire
Euh... y en a tellement... mais l'idéal, c'est un salon de thé. Y a un brouhaha et une chaleur qui forment une sorte de cocon, et on peut avoir du thé et des gâteaux. Avec un chat, c'est parfait.

3) 3 confessions livresques
  • Je suis papivore. Si je ne lis pas régulièrement de la fiction, je deviens marteau.
  • Je raffole des histoires érotiques, voire porno. Même pas honte.
  • Je suis novelliste dans l'âme. Entre un roman et un recueil de nouvelles, le second aura toujours ma préférence.

4) La dernière fois que tu as pleuré en lisant
Comme je suis très bon public, y a l'embarras du choix... Mais la dernière en date, c'est en relisant pour la énième fois le recueil de one-shots de Mari Okazaki, Vague à l'âme (éd. Delcourt, 2006). Okazaki est ma mangaka préférée, et ce recueil, je pleure à chaque fois que je le lis. C'est l'un de mon top 10 à emmener sur une île déserte. Il est magnifique, et ça me fait penser que je voulais faire un article sur elle... *note sur sa liste*

5) Ton en-cas favori pendant que tu lis
Une belle grosse pomme. Ou plein de petites.
Mon père ne supporte pas les bruits de bouche à table, donc je n'ai jamais été autorisée à croquer dans une pomme en sa présence. Du coup, j'allais la manger dans ma chambre, avec un bouquin.
Sinon, le chocolat et le thé, c'est top.

6) 3 livres que je recommanderais à tout le monde
  • Fantômes et farfafouilles de Fredric Brown. L'un de ses recueils de nouvelles traduit en français. Un bijou. Presque un manuel du novelliste.
  • La parabole du semeur d'Octavia Butler. De la SF spirituelle et politique. C'est beau, c'est fort, on n'en ressort pas intact·e.
  • Skin: Talking about sex, class and literature de Dorothy Allison. Recueil de conférences et d'articles des années 1970-1990. Sur le féminisme, le lesbiannisme, l'écriture, la colère, la pauvreté... tout. Il a été traduit en français, mais pas de manière intégrale, et il est épuisé et quasi introuvable à un prix raisonnable...

7) Une image de ton étagère préférée dans ta bibliothèque
Je suis en plein déménagement... donc ça attendra ;)

8) Que signifient pour toi les livres en trois mots ?
Évasion. Confrontation. Amour.

9) Ton plus gros secret concernant la lecture ?
Franchement ? Entre sauver un être humain et un livre, je serais capable d'hésiter. (Après, bien sûr, ça dépend de la personne et ça dépend du livre...)

10) 5 bloggeuses/bloggeurs taggué·e·s en retour

vendredi 21 février 2014

La romancière, l'archéologue et le chat - interlude

Comme noté précédemment, pour les besoins documentaires de ma novella La momie aux os d'argent et par curiosité, j'ai lu La romancière et l'archéologue d'Agatha Christie*.
En cours de lecture, je suis tombée sur ce passage désopilant, à propos d'un chat particulièrement professionnel et sévère. Alors comme ma rédaction de la novella et de la nouvelle Ahmès, née de la Lune, et des billets documentaires promis sur la Mare se font attendre, je vous offre en interlude cette rencontre avec M. le Chat.

Notre chat fait son apparition après le dîner. Je ne l'oublierai jamais. Hamoudi a raison, il est très professionnel. Il sait pourquoi il a été engagé et se met au travail avec toute l'adresse d'un spécialiste. Pendant que nous dînons, il se tient en embuscade derrière une valise. À chaque fois que nous parlons, bougeons ou faisons un peu trop de bruit, il nous lance un regard impatient.
«Je vous demande impérativement d'être calmes, pouvons-nous lire dans ses yeux. Comment puis-je travailler sans votre coopération ?»
Il a l'air furieux, et nous obéissons immédiatement. Nous nous mettons à murmurer et à manger en évitant le plus possible de faire tinter nos verres contre nos assiettes.
Par cinq fois au cours du repas, une souris surgit de son trou et se met à courir à travers la pièce, et par cinq fois notre chat bondit. La sanction est immédiate. il ne folâtre pas à l'occidentale, ne joue pas avec sa victime. Il se contente de lui arracher la tête, puis il la croque avant d'avaler le reste du corps. C'est plutôt horrible à voir, d'une précision toute chirurgicale.
Le chat nous tient compagnie pendant cinq jours. Passé ce délai, plus une souris à l'horizon. Puis le chat nous quitte mais les souris restent invisibles. Je n'ai jamais connu, avant ou depuis, un chat aussi compétent. Nous ne l'intéressions nullement, il n'a jamais demandé de lait ni à partager notre nourriture. Il était froid, scientifique et impersonnel. Un chat très accompli !

(Il va sans dire qu'Ahmès est une chatte plus chaleureuse, bien que tout aussi efficace lorsqu'il s'agit de protéger son humaine, Andrée Tenda, ou d'exécuter les instructions des dieux et déesses.)

* CHRISTIE Agatha, La romancière et l'archéologue : mes aventures au Moyen-Orient (1930-1939), 1946, Paris, éd. Payot & Rivages, 2006.

jeudi 6 février 2014

Notes de lecture : Bilan de janvier

Petit bilan mensuel, qui ne comprend pas les lectures faites à titre de documentation (voir les "dossiers documentaires"). Comme souvent : peu de coups de cœur, quelques abandons, une ou deux déceptions.
Et comme je me suis inscrite sur Babelio.com afin de ne plus perdre le fil de mes lectures et de partager ma bibliothèque avec mes ami·e·s (pour le moment il n'y a que fanifanette, mais je ne désespère pas d'y trouver d'autres grenouilles et autres potes), je vous mets les liens vers les fiches de l'interface.

Romans

  • BRITE Poppy Z., Le corps exquis, trad. fr., J'ai Lu, 2005. [Fiche Babelio]
    Il fait partie des abandons à regret : je l'avais emprunté en bibliothèque, et après l'avoir prolongé une fois, j'ai réalisé que je n'arriverai pas à le lire tranquillement. Ce n'est pas un enchevêtrement d'histoires très joyeuses, et c'est suffisamment (très) bien écrit pour que je ne lui fasse pas l'affront de le lire en diagonale. Il est sur ma pile des "à reprendre", et "à chroniquer".
  • CHRISTIE Agatha, La romancière et l'archéologue : mes aventures au Moyen-Orient (1930-1939), 1946, Paris, Payot & Rivages, 2006. [Fiche Babelio]
    Je n'ai jamais été une fan des romans policiers d'Agatha Christie. Hercule Poirot et Miss Marple, très peu pour moi (tout mon amour va à Sherlock Holmes).
    Mais ce roman n'en est pas un : c'est une autobiographie littéraire (romancée un chouïa, si vous préférez) des fouilles menées en Syrie par Agatha Christie et son jeune second mari, archéologue de profession. C'est délicieusement ironique et ça donne un aperçu très vivant de la chasse aux antiquités au début du XXe siècle.
  • YOUNG Sandra, La rue sans nom, trad. fr., Syros, 1982. (chronique en cours) [Fiche Babelio]
    Ce roman est une relecture, la quatrième si je ne me trompe pas. Le livre est aujourd'hui quasiment introuvable, et c'est fort dommage. Je suis tombée dessus par hasard dans la bibliothèque municipale de mon adolescence, il y a quoi... entre douze et quinze ans, et ça a été un choc.
    Racisme, violences sexuelles, avortement sauvage... c'est le genre de livre dont on ressort moins bête et qui vous file un curieux mélange de tristesse et de rage au ventre. J'en dirai plus dans une chronique, comptez là-dessus.

Séries

  • HAMILTON Laurell K., Anita Blake, tome 16 : Sang noir, trad. fr., éd. Milady, 2013. [Fiche Babelio]
    Parce que oui, je ne désespère pas d'un jour retrouver la qualité des six premiers tomes. Et vu l'évolution des tomes 15 et 16, je m'obstine. On quitte peu à peu le terrain de la luxure excessivement détaillée pour celui - bien plus intéressant - du combat métaphysique entre Anita et Marmée Noire, et le conflit des souches métamorphes chez Anita.
  • VAUGHAN Elizabeth, L'épopée de Xylara, Tome 1 : Captive, trad. fr., J'ai Lu, 2008. [Fiche Babelio]
    Emprunté par défaut (je voulais les Kitty Norville, mais hélas, je suis loin d'être la seule...), je le dis d'emblée : c'était sympa, mais je ne lirai pas la suite. Le malentendu culturel sur lequel se développe la relation entre Xylara et Beau Mâle est assez bien trouvé et exploité, l'immersion d'une étrangère dans une société quasiment à l'opposé de la sienne en contexte de guerre est elle aussi assez bien décrite.
    Mais la fantasy, c'est pas tellement ma tasse de thé, même si je ne rechigne pas à en lire régulièrement. Ensuite, les héroïnes qui s'épanouissent dans les bras de beaux mâles musclés et bien montés, ça commence à me fatiguer. Et le féminisme à gros sabots, encore plus.


Mangas

  • MIZUNO Junko, Hansel et Gretel, trad. fr., IMHO, 2005. (chronique en cours) [Fiche Babelio]
    Ce manga est l'un de mes rares coups de coeur de janvier. Sans surprise, d'ailleurs. Il rejoint ma collection de réécriture de contes par Junko Mizuno, mangaka et artiste déjantée, dont le style kawaï gore perturbe de manière jouissive les histoires délavées par Walt Disney.
    Une chronique des trois mangas en cours pour LLM, donc ce n'est pas mon dernier mot...

Nouvelles

  • Collectif Hydrae, Cascade de mots : le Petit Peuple, parution le 31 octobre 2013. [En ligne] (chronique en cours)

Revues / Webzines / Fanzines

  • Bifrost, n°67 et n°70.

mardi 31 décembre 2013

Lectures 2013 (bilan)

En vrac, ce dont je me souviens... et dont j'ai au moins vaguement envie de parler... (parmi mes bonnes résolutions 2014 : tenir un journal de mes lectures !). EDIT : finalement, j'ai écourté ma recension, après 4h passées à rédiger ce billet...

Romans

  • Gilles LEGARDINIER, Demain, j'arrête !, (Fleuve noir, 2011), Pocket, 2013, 404 p.
    « Et vous, quel est le truc le plus idiot que vous ayez jamais fait ? C'est à cette question que Julie va finir par répondre, mais à quel prix ! Ou l'histoire de Julie et de Ricardo Patatras. »
    Un cadeau de mes collègues, pour ce Noël et pour mon départ. Vite lu, apprécié à la hauteur de ce que c'est : un livre efficace, qui vous fait passer un bon moment, et que vous prêtez/donnez à qui en veut. Je n'ai ri que deux fois, j'ai souri la plupart du temps (je suis bon public), et je ne m'en souviendrai que parce qu'il s'agit d'un cadeau.

  • Valerio EVANGELISTI, Tortuga, Rivages, 2011, 432 p.
    « En 1685, les jours des pirates regroupés dans la confrérie des Frères de la Côte, aux ordres du roi de France, sont comptés. Louis XIV a fait la paix avec son traditionnel ennemi, l'Espagne, et les attaques des flibustiers des Caraïbes à partir de l'île de la Tortue ne sont plus les bienvenues.
    C'est dans ce contexte qu'un ancien jésuite portugais au passé mystérieux, Rogério de Campos, va faire le dur apprentissage de la vie. Sa passion pour une esclave africaine l'entraînera dans une véritable descente aux enfers, au contact d'une société dont il découvrira, non sans une certaine fascination, la barbarie et les codes rigides. »
    Un roman très dur, cru et cruel, dont la fin m'a laissé un goût d'artificialité, comme si Evangelisti avait voulu en finir vite avec son personnage principal, véritable anti-héros : lâche, antipathique, traître et possessif. Il est très bien écrit, et je l'ai apprécié, pourtant ce n'est pas un roman que j'offrirai en cadeau. Par contre, je vous invite sincèrement à le lire !

  • Valerio EVANGELISTI, Nicolas Eymerich, Inquisiteur, Pocket, 1999-2001.
    Aux enquêtes d'un inquisiteur du XIVe siècle répondent des évènements dans un futur (et parfois un passé) lointain et familier. Curieux mélange de policier, de fantastique, de SF et de religion, les romans de Valério Evangelisti ont été une découverte coup de cœur depuis l'hiver 2012.
    Les quatre premiers tomes de la série des enquêtes de l'inquisiteur aragonais ont été un pur délice. J'ai néanmoins calé au cinquième tome, après quelques semaines de lecture interrompue. Une chronique détaillée sera bientôt en ligne sur La Lune Mauve.


  • Laurell K. HAMILTON, Anita Blake, Bragelonne, coll. "Milady", 2009-auj., 18 vol. traduits en français.
    Anita Blake est réanimatrice de zombies pour l'entreprise Réanimateurs Inc. et exécutrice de vampires pour l'État de la Nouvelle Orléans. Au fil des aventures, elle se trouve mêlée aux politiques vampires et garous de Saint-Louis, et intimement liée aux chefs des deux communautés : Jean-Claude, Maître de la Ville, et Richard Zeeman, Ulfric des loups-garous. Ces liens feront apparaître en elle de nouveaux pouvoirs et de nouvelles contraintes, influant profondément sur sa vie privée, sa vie professionnelle et sa foi.
    Les six premiers tomes sont un régal pour qui aime les héroïnes anti-nunuches, les vampires et les intrigues policières mâtinées d'horreur. Après, il faut avouer, ça part en sucette (pour rester lisible par des mineurs).
    Pour une chronique détaillée, rendez-vous sur La Lune Mauve.

Novellas

  • Gabriel Eugène KOPP, La dernière nécropole, Griffe d'Encre, 2009, 100 p.
    « Un artefact en forme de tore, découvert dans la ceinture de Kuiper ; à l’intérieur, des milliers - millions ? - de gisants, nus et calmes dans une lumière bleue, bercés par une musique aux accents inconnus.
    Ici, la lumière courbe l’espace ; les morts sont remplacés à l’identique ; rien n’est mesurable.
    Ici, les tores se retournent au mépris des règles élémentaires de la topologie. »
    Une novella de hard science (la première du genre que je lis) assez difficile à lire si vous êtes déjà débordée et que vous avez rarement plus de dix minutes à consacrer à la lecture de loisir par jour. Il m'a souvent fallu relire les paragraphes, voire les pages précédentes pour suivre l'histoire, mais je n'ai pas regretté ! Et puis, maintenant, je sais ce qu'est la noosphère \o/

  • Nancy KRESS, L'une rêve, l'autre pas, (Beggars in Spain, 1991), trad. Claire Michel, ActuSF, coll. Perles d'Épice n°8, 2012, 172 p.
    « Alors que deux jumelles viennent au monde, l’une d’entre elles bénéficie d’une modification génétique qui lui permet de ne plus dormir. Huit heures d’éveil de plus par jour, un rêve pour apprendre, vivre et découvrir le monde... Huit heures qui feront aussi d’elle, un être à part. »
    Le pitch du quatrième de couverture m'avait intriguée, dans la mesure où je souffre moi-même d'une maladie du sommeil. Du coup, tout ce qui touche au sommeil m'intéresse. L'idée est originale, et les conséquences de la manipulation génétique bien explorées, mais au final je me suis ennuyée, sans réussir à m'attacher à l'une ou l'autre des deux sœurs.

Recueil de nouvelles

  • Jean-Philippe JAWORSKI, Janua Vera, (Les Moutons Électriques 2007), Folio SF, 2009, 496 p.
    « Né du rêve d'un conquérant, le vieux royaume n'est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l'assassin trempe dans un complot dont il risque d'être la première victime, Ædan le chevalier défend l'honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. »
    Le moins qu'on puisse dire, c'est que le style de J.-P. Jaworski est copieux... à la limite, parfois, de l'indigeste. La moindre feuille d'arbre a droit à une paire d'adjectifs, et si les descriptions appliquées et riches permettent à la lectrice de s'imaginer en détails le Vieux Royaume, l'effet technicolor finit par peser. Le mieux est donc de savourer ces nouvelles comme des chocolats : une par soir, par petits bouts si nécessaire. Sur le fonds, les histoires racontées sont tour à tour et tout à la fois cruelle et mélancoliques, dramatiques et tendres. Celle qui me reste en mémoire depuis août, est le "Conte de Suzelle".

  • Bruno DELLA CHIESA (éd.), Utopiæ 2003, L’Atalante, 2003, 202 p.
    Quatrième opus des Utopiæ démarrées en 2000, présentées par Bruno della Chiesa (et Denis Guiot pour le premier opus), ce tome poursuit ce qu'il appelle une "cartographie de la tectonique des imaginaires". Les onze nouvelles d'Utopiæ 2003 abordent des sujets très différents les uns des autres, dans des genres tout aussi variés de la SFFF, dans une perspective que Bruno della Chiesa appelle "regards croisés". Plusieurs nouvelles emmènent donc le lecteur et la lectrice dans d'autres pays ou d'autres planètes, offrant ainsi des doubles "visions de l'étranger".
    Mes deux nouvelles favorites sont Douce nuit de João Barreiros, qui raconte le massacre annuel du Père noël, de ses rennes, ses sapins et ses lutins, par des forces armées spécialement entraînées. Et Dieu sur ordonnance de Nick Wood, qui formule une prescription des plus étonnantes et inattendue : la distribution de Dieu en comprimés ! Ou commence Dieu finit dans la cuvette des toilettes....
    Pour une chronique détaillée, rendez-vous sur La Lune Mauve.

Nouvelles

  • Alice B. GRIFFIN, "Une boîte à musique", AOC, n°28, mars 2013.
    « Jeune gnome vouant sa vie à la mécanique, Cléobule n'aurait jamais rêvé voir un mécanisme aussi complexe que cette boîte à musique, où de petits personnages font indéfiniment revivre un conte si connu...
    La sorcière qui a apporté ce chef-d’œuvre le charge de le réviser. Fasciné par sa tâche, Cléobule accepte, mais peut-être devrait-il se méfier un peu plus avant de manipuler ce qu'il ne comprends pas. »
    Un très beau texte, qui m'a immédiatement convertie à la plume d'Alice B. Griffin, dont une autre nouvelle est depuis plusieurs mois sur ma liste pour 2014 (une histoire de poulpe vampire présentateur de télé...). Reprendre et réécrire un conte est un exercice délicat, et elle s'en est sortie avec brio, nous livrant une nouvelle version du Petit Chaperon rouge délicieuse comme une ritournelle.

  • Magali LEFEBVRE, "Le Vent du désert", in Magali DUEZ (dir.), L'Air - Les éléments II, Griffe d'Encre, 2010, 304 p. Une histoire de djinn prenante et qui sait garder sa part d'ombre et de mystère, insaisissable comme le désert. Un jeune soldat se trouve pris dans une tempête avec le reste de sa troupe : ce qui s'est passé, nul n'en a la certitude, mais il est l'unique survivant, en proie à des cauchemars et des tourments sans pareille...
    J'ai été séduite par la subtilité de l'écriture de Magali, et par la délicatesse de l'histoire, qui aborde le stress post-traumatique sous un angle fantastique original. J'ai donc hâte de lire ses prochaines publications, dont un certain roman qui aura, lui aussi, sa part de désert...

Périodiques

  • Bifrost

dimanche 22 décembre 2013

L'esprit de Noël

Hier soir j'étais invitée à l'une de ces soirées où l'on célèbre plusieurs choses à la fois : soutenance de thèse des unes et des autres, publications, recrutements, et... mouvement anti-Noël. Malheureusement pour moi, en plus de figurer parmi les rares non-fumeuses (et allergiques à la fumée de cigarette), je fais partie de ces personnes qui ne haïssent pas Noël. On m'a copieusement huée.
Non, je ne suis pas une collabo du capitalisme et de la fièvre acheteuse de produits fabriqués par des enfants, des femmes et des hommes sous-payé·e·s et exploité·e·s. Ni une hystérique de la réunion familiale coûte que coûte, et quoi qu'il en coûte...

Mais j'aime cette valeur un peu galvaudée, qui nous paraît si américaine et britannique depuis que nous avons découvert les épisodes spéciaux de séries telles que Urgences, les Simpsons, ou encore Doctor Who : l'esprit de Noël. Avoir l'occasion, au moins une fois par an, de manière totalement décomplexée (parce que c'est justement l'occasion qui le veut) de dire à ma famille et mes proches que je les aime. Et faire des pots et de repas de Noël. Et leur offrir des cadeaux et/ou des chocolats. Bref, célébrer nos liens affectifs, et non pas l'heureux jour de leur naissance ou de leur prénom.
De même, j'adore (enfin, "adorais", j'ai soi-disant passé l'âge) chercher les œufs en chocolat dans les jardins et parcs à Pâques, ou faire des tartes au potiron à tours de bras pour Halloween.

Alors pour vous, rares grenouilles, humain·e·s, pacmans et bots qui passez sur ce blog, voici un petit tour illustré de ce que la littérature, la télé et l'Internet ont pu faire de Noël.

D'abord, rendons hommage au conte qui se dissimule plus ou moins bien derrière la plupart des aventures de Noël : A Christmas Carol de Charles Dickens (1843), ou l'histoire du méchant Ebenezer Scrooge, menacé de finir en Enfer par le fantôme de son ancien associé, qui devra parvenir à la rédemption grâce aux trois Esprits de Noël. J'avoue, mon premier contact avec ce conte a été l'une de ses adaptations en dessin-animé par Disney, avec Mickey...
Pour lire la version originale, avec les illustrations de John Leech, allez sur sa page du Projet Gutenberg.



Je ne résiste pas ici à évoquer deux adaptations et réécritures du conte de Dickens.
L'épisode spécial de la série britannique Doctor Who : "A Christmas Carol", écrit par Steven Moffat, réalisé par Toby Haynes, et diffusé le 25 décembre 2010 sur la BBC One. Je ne peux pas vraiment en parler (sauf à recopier le résumé Wikipédia), dans la mesure où il s'agit de l'un des rares Christmas Specials de la série que je n'ai pas vu...


Plus ancien, un épisode de la saison 2 de la série Xena, the Warrior Princess : "A Solstice Carol", écrit par Chris Manheim, réalisé par John T. Kretchmer, et diffusé le 9 décembre 1996. Xena et Gabrielle s'apprêtent à fêter le solstice d'hiver au royaume du Roi Silvus, mais découvrent très rapidement que toute forme de célébration est interdite et sévèrement punie par le roi. Ce dernier, traumatisé par la mort de sa femme, la Reine Amalia, hait le solstice d'hiver, les enfants et les fêtes. Bien sûr, Xena et Gabrielle vont tout arranger, à la suite de péripétie toutes plus rocambolesques les unes que les autres, impliquant un sapin géant, un système de poulie, un déguisement de fantôme, un âne et un apprenti Santa Klaus.


Le blog du programme de numérisation de masse de la Bibliothèque nationale de France, Gallica, a consacré pour sa part deux billets aux corpus disponibles : le premier "Noël: de la tradition à la réalité" est assez généraliste, il couvre les cantiques, contes, illustrations et photographies que l'on peut dénicher dans Gallica et sa banque d'images ; le second est assez original, et nous propose une histoire du Réveillon de Noël, ainsi que des menus et recettes !



Enfin, la littérature SFFF s'est évidemment emparée de Dickens, de Santa Klaus et de Noël.

Les éditions des Moutons Électriques ont consacré un numéro spécial de la collection Fiction au sujet : Les Noëls électriques, dirigé par Jacques Baudou et illustré par Letizia Goffi (Fiction Spécial, vol. 2, 2007). 19 nouvelles au sommaire, clôt par un article de Jean-François Ruaud. Parmi les auteur·e·s qui nous gâtent : Léa Silhol, Fabrice Colin, Catherine Dufour, Xavier Mauméjean, Mélanie Fazi, Johan Heliot...
Ma préférée est sans conteste "Évasion à Gui 5" de James Powell : il n'existe pas un, mais des Pères Noël, formés au sein d'écoles spécialisées, chargées de repérer les potentiels et de les dresser. Un problème de taille se pose en effet : la gaieté forcée qu'impose la fonction de Père Noël rend ses incarnations complètement dépressives, voire psychopathes. Des maisons de retraite, de repos et d'internement ont donc été créées afin de prendre en charge les retraités de la distribution de cadeaux. Tout se passait bien, jusqu'à ce que le pire ex-Père Noël psychopathe du pire asile, Gui 5, ne s'échappe à coup de meurtres et de mutinerie...
Si vous souhaitez un avant-goût de ce très beau livre (hélas épuisé), vous pouvez lire cette chronique publiée sur le webzine La Lune Mauve.

Dans la même veine horrifique, le recueil Utopiæ 2003, édité par Bruno della Chiesa, s'ouvre sur une excellente nouvelle de João Barreiros : "Douce nuit" ("Noite de paz", 1994). Elle raconte le massacre annuel du Père noël, de ses rennes, ses sapins et ses lutins, par des forces armées spécialement entraînées. L’éradication institutionnalisée du Père noël représente une entreprise sanglante, aux pertes humaines lourdes et à la finalité aussi glaçante que la description des combats : dans le futur, la générosité désintéressée est une monstruosité, une démarche rendue inintelligible par le système capitaliste mondialisé.

Pour finir, les éditions Argemmios ont publié il y a presque deux mois une anthologie qui figure en bonne place dans ma liste d'achats futurs : Noëls d'hier et de demain, dirigée par Pierre-Alexandre Sicart. Elle comprend dix-huit textes, écrits entre autres par Jean-Marc Ligny, Orson Scott Card, Anne Rossi...
Je vous invite à en lire la chronique par Lullaby sur son blog, très alléchante !



Il y a tant d'autres livres dont je pourrais parler (les Batman de Noël, par exemple...), mais à votre tour de le faire : et vous, que lisez-vous à Noël ?