lundi 4 août 2014

Sur quelques nouvelles de Julie Conseil (Challenge "SFFF au féminin")

Ce billet est une première contribution au challenge "SFFF au féminin" lancé par Tigger Lilly en mars dernier.


L'auteure dont je souhaite vous parler n'a pas encore publié de recueil de nouvelles, ni de novella ou de roman. Je n'ai pour le moment lu que trois nouvelles d'elle, mais je suis déjà fan.

Julie Conseil, c'est qui ?


Dans les petites biographies offertes par les anthologies et les revues, on apprend ceci : Julie Conseil est ingénieure et exerce le métier de consultante en finance.
Pour une liste (incomplète) de ses publications :  http://www.noosfere.org/icarus/livres/auteur.asp?numauteur=2147190519

À mon grand regret, je n'en sais pas plus... elle n'a apparemment ni blog, ni site ; et n'étant pas moi-même présente sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, et Cie), j'ignore si elle y a ouvert une page.
Voilà... si quelqu'un·e en sait davantage, je suis preneuse...

Les nouvelles


Du moins, celles que j'ai lu et dont je suis en mesure de vous parler.
*Attention, ces chroniques contiennent des spoilers.*

  • « Les Racines chantantes d'Icarie », AOC, n°26, novembre 2012, pp. 29-41.

2e prix du concours Visions du Futur 2012 organisé par le Club Présences d'Esprits.

Ma première rencontre avec l'auteure. Un petit coup de foudre.
J'ai acheté ce numéro d'AOC au festival Zone Franche (2014), à l'origine parce qu'il s'y trouve deux autres nouvelles qui m'intéressaient : « Furie Furry » de dvb (1er prix) et « De spiritiS » de Tesha Garisaki (3e prix).

Le genre : SF
L'histoire : Grâce à l'exploration galactique, les sourds ont peut-être trouvé leur Eldorado : la planète Icarie, qui produit un bruit de fond si puissant qu'il rend fous les entendants. Pour Sullivan en tous cas, après l'accident qui lui a coûté son ouïe, c'est une chance de reprendre du service... (résumé de l'auteure).

Avis perso : Des histoires qui mettent au premier plan des personnages "handicapés", ce n'est pas courant. Des intrigues qui ne prennent pas le handicap comme faire-valoir d'un autre personnage non-handicapé ou qui n'en font pas un obstacle à surmonter ou encore l'occasion de découvrir/acquérir une autre capacité (naturelle, surnaturelle ou paranormale), c'est encore plus rare.
Dès le départ, le héros, Sullivan, est dans une position délicate. Devenu sourd, il ne fait plus partie de la majorité et de la norme, celles des entendants, sans pour autant être pleinement accepté par les non-entendants car sa surdité n'est pas de naissance. Les premiers tentent d'exploiter la surdité de Sullivan en l'envoyant sur Icarie infiltrer le groupe d'exploration (composé d'hommes uniquement) et les seconds lui réservent un accueil glacial, lucides sur le rôle que doit jouer Sullivan. Au final, l'unique allié du héros se trouve être l'un des scientifiques, cyborg plus machine qu'homme.
Entendants et sourds se positionnent clairement comme Autres respectifs. Jusqu'à ce que des Autres locaux se manifestent sur Icarie, de manière plus qu'inquiétante... Pris entre les deux camps, attiré par le troisième, Sullivan ne sait plus où donner de la tête...
Il y a quelque chose du film d'épouvante et du conte horrifique dans la façon dont Julie Conseil fait deviner la présences des Icariens, par petits détails et traces inquiétantes, dont elle fait perdre progressivement tous ses repères à son personnage principal, jusqu'au jeu de massacre final.
Le vrai sujet de la nouvelle n'est pas tant l'ouïe comme l'un des cinq sens, que l'oreille interne, organe de l'équilibre. L'expression "déséquilibre".

Où la trouver ? : sur la boutique du Club Présences d'Esprits

  • « Les lavandières de la nuit », Malpertuis V, éd. Malpertuis, coll. "Brouillards", 2014, pp. 135-147.

Le genre : Fantastique
L'histoire : Un homme, accompagné de son épouse et de sa fille, retourne dans son village natal afin d'assister à l'enterrement de son parrain. Il y retrouve sa sœur aînée, célibataire et sans enfants, qui habite dans la demeure familiale. La lecture du testament de son parrain lui réserve une surprise de taille : son parrain lui lègue tout et s'avère être son père biologique. Hanté par des cauchemars aux répercussions bien réelles, le narrateur va de révélations en révélations, jusqu'au lever de voile final.

Avis perso : La nouvelle mêle drame psychologique et épouvante sur fonds de secrets familiaux glauques. Peu de mystère(s) ici, on comprend assez rapidement de quoi il retourne. Ce qui est intéressant, c'est l'aveuglement crasse et obstiné du narrateur, égocentrique et phallocrate. À l'image de ce parrain qu'il idolâtrait, le narrateur néglige et même nie les sentiments, propos et souvenirs des protagonistes féminins. Cependant, contrairement à cet homme, le "héros" n'a rien d'un prédateur sexuel. Il est plutôt passif, se laissant dominer autant par les évènements que par ses cauchemars.
Quant aux femmes, elles n'ont pas vraiment le beau rôle. L'épouse du narrateur est mal à l'aise mais l'exprime sur le mode de la contradiction et de la dispute, ce qui ne manque pas de braquer le narrateur et de le rendre entêté. La sœur est une boule de haine et de rancœur, victime et bourreau à la fois.
Les lavandières de la nuit sont une légende inconnue du narrateur, et je ne la connaissais pas non plus. Rétrospectivement, je ne crois pas que ça ait nuit à ma lecture, mais peut-être l'aurais-je davantage appréciée.
La chute de la nouvelle est à la hauteur de son sujet : horrible, triste et cruelle.

Où la trouver ? : sur le site des éditions Malpertuis.

  • « Chaney ou Le Festin de barbe à papa », Zombies et autres infectés, éd. Griffe d'Encre, 2014, pp. 89-107.

Le genre : Fantastique
L'histoire : Chaney est aujourd'hui un forain comblé et fier de son train fantôme. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Il y a très longtemps, Chaney fut un mari et un beau-fils obéissant, et il y a encore plus longtemps, un petit garçon battu par son beau-père alcoolique. Un petit garçon avec de drôles d'amis : une troupe de théâtre composée de zombies comédiens et cabotins.

Avis perso : Une nouvelle très touchante, avec un héros qui ne cherche pas à (se) prouver quoi que ce soit, qui ne court après rien en particulier. Même son enfance sordide est banale, décrite comme une un mauvais moment, un passé qui a à la fois l'éclat du cauchemar et le flou du souvenir lointain. Son mariage est fade, il n'y manifeste aucune réelle volonté, aucune émotion vive si ce n'est l'ennui. Ces deux étapes sont des échecs familiaux, ponctués de sauvetage par ceux et celles qui deviendront sa vraie famille : la troupe de théâtre zombie, à la recherche pour sa part d'une maison.
« Chaney », c'est l'histoire de personnages qui se trouvent et qui s'aident mutuellement à être plus heureux, plus vivants.
Contrairement aux deux autres nouvelles dont je viens de vous parler, celle-ci est résolument optimiste et joyeuse à sa manière, touchante aussi. Une de mes préférées de cette anthologie Zombies.

Où la trouver ? : aux éditions Griffe d'Encre.


Et pour la suite ?


Deux nouvelles (au moins) de Julie Conseil sont à paraître.
  • « Famille Waldeck, cité Tomate », AOC n°34, novembre 2014.
3e prix Visions du Futur 2014, organisé par le Club Présences d'Esprits.

  • « Joe Lahar et les mangeurs d'archées », Volcans, Association Gandahar, version papier et numérique (chez l'Ivre-Book).

Pas de résumés encore, mais j'ai vraiment, vraiment hâte de les lire ! (Je vous ai dit que j'étais fan ? ^^ )

Si vous en avez lu d'autres de ses nouvelles ou si vous avez un avis sur celles qui sont détaillées ici, racontez tout ça dans les commentaires ! \o/

3 commentaires:

  1. Sympa cette découverte d'une auteure au travers de ces nouvelles !

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  2. Quelques autres textes : http://www.bdfi.net/auteurs/c/conseil_julie.php

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    1. Merci beaucoup pour le lien ! Je ne connaissais pas cette base de données, elle est très pratique.

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